De plus en plus, les Etats entravent le travail  des personnes qui défendent les droits et les libertés en les étiquetant à tort et en les poursuivant en justice comme des criminels ou des terroristes. La dimension de risque double quand une telle criminalisation fait sentir aux autres agresseurs potentiels que le coût politique pour attaquer ces prétendus criminels est faible. La stigmatisation des défenseurs (souvent comparés à des terroristes ou des criminels) vise aussi à réduire le soutien dont ils bénéficient.

Protection International fait des recherches sur la tendance à la criminalisation des défenseurs des droits humains afin de comprendre les motifs sous-jacents. Ceci contribue à façonner des stratégies pour gérer les nombreux risques en jeu.

Malgré l’adoption en 1998 de la Déclaration sur les Défenseurs des Droits de l’Homme des Nations Unies, les défenseurs se voient trop souvent dans l’impossibilité d’exercer leur travail car on les qualifie à tort de criminels ou de délinquants. Quand ils se focalisent sur la prétendue illégalité des activités de ceux qui défendent les droits humains et utilisent le système judiciaire pour délégitimer et empêcher leurs actions, les Etats mettent en danger la vie des défenseurs et font obstacle à leur défense des droits d’autres personnes.

Une des conséquences de la criminalisation par l’Etat est que les agressions contre les défenseurs augmentent car les agresseurs potentiels sentent que le coût politique pour recourir à la violence est faible. L’application de sanctions judiciaires contre les DDH utilisée comme un mécanisme pour les réduire au silence est très inquiétante car de fausses accusations sont portées contre eux. Les défenseurs sont donc confrontés au risque de devenir des prisonniers politiques. Même si le mandat d’arrêt n’est pas appliqué, la crainte d’une arrestation aura des conséquences négatives sur le travail des défenseurs. De plus, les frais de défense légal auront un impact sur les ressources de l’organisation du défenseur.

La stigmatisation des défenseurs vise également à réduire le soutien dont ils bénéficient. Lorsque les médias dressent un portrait d’eux comme étant des terroristes ou des criminels, ils ont moins de chances de bénéficier d’un réseau social de protection et risquent d’être isolés.

Par ailleurs, de nouvelles lois arbitraires sont conçues et utilisées comme un outil de répression pour empêcher les défenseurs d’exercer leur métier. Ces lois considèrent que les activités communes de défense des droits de l’homme sont illégales. Les actes anti-terroristes et les lois limitant la liberté d’expression sont particulièrement utilisés pour criminaliser l’activité de défense des droits humains.

• Nous enquêtons sur les procédés de criminalisation des défenseurs en Amérique latine pour comprendre les tendances et les motifs sous-jacents. Une fois qu’ils ont compris les stratégies employées pour la criminalisation, les défenseurs peuvent agir pour prévenir les risques. La publication de rapports a conclu les enquêtes menées dans ce domaine.

• Nous renforçons les capacités des défenseurs en termes de gestion de la sécurité et de la protection.

• En Thaïlande, nous assistons et nous nous chargeons du soutien autour du procès de Chiranuch Premchaiporn, défenseur reconnu des libertés d’expression et des médias et directeur exécutif du site web d’information Prachatai. Chiranuch a été inculpé pour violations de la loi sur la Cybercriminalité et du Code Criminel sur la loi de lèse-majesté, pour avoir intentionnellement tardé à retirer d’un forum public du site Prachatai des posts anonymes de tiers jugés offensants à l’égard de la monarchie. Chiranuch Premchaiporn risque jusqu’à 20 ans d’emprisonnement s’il est jugé coupable.