Communiqué de presse conjoint du Réseau des Défenseurs des Droits de l’Homme de l’Afrique de l’Est et de la Corne d’Afrique (EHAHRDN), de Protection International et de Foundation for Human Rights Initiative (FHRI, Fondation pour l’Initiative en faveur des Droits Humains)

Kampala – Suite au décès de David Kato, militant des droits humains, nous demandons justice et réclamons une enquête approfondie sur les causes de sa mort.

Le Réseau des Défenseurs des Droits Humains de l’Afrique de l’Est et de la Corne de l’Afrique, ainsi que ses partenaires Protection International et Foundation for Human Rights Initiative, se joignent aux chefs d’États, aux organisations de défense des droits humains, aux représentants de la communauté diplomatique et aux médias nationaux et internationaux dans le deuil de David Kato. Nous sommes profondément attristés par l’annonce du meurtre sauvage de David Kato, un défenseur des droits humains courageux et dévoué qui luttait pour les droits de la communauté LGTBI (lesbienne, gay, bisexuel, transsexuel et intersexué).

Les funérailles de David Kato ont eu lieu le vendredi 28 janvier 2011 à Mukono, près de Kampala, sous les appels, de la part des organisations de défense des droits humains ougandaises et internationales et de la communauté diplomatique, à la tolérance, à l’arrêt des discours de haine, et à la responsabilité des autorités ougandaises pour assurer la sécurité de tous leurs citoyens, ce compris la communauté LGTBI.

EHAHRDN exprime sa solidarité envers Sexual Minorities Uganda (SMUG), son organisation membre pour laquelle David travaillait inlassablement à promouvoir et protéger les droits des LGTBI. David travaillait en étroite collaboration avec EHAHRDN depuis 2005, il était au sein de notre Réseau un membre plein de force et de vie.

Lors des funérailles de David Kato, chez lui, à Mukono, Hassan Shire, le directeur exécutif de EHAHRDN, a déclaré : «  Lundi matin, le 24 janvier 2011, deux jours avant son décès, David a effectué une visité de routine dans nos bureaux, et mon équipe et moi-même avons eu l’occasion de parler avec lui. Au cours de cette visite, David est apparu sombre, ce qui était inhabituel, et a exprimé la peur qu’il ressentait face au harcèlement permanent qu’il subissait dans sa communauté en raison de ses activités. Nous avons été choqués d’apprendre son meurtre. Nous avons peut-être perdu un allié fort, un ami et un collègue défenseur des droits humains par un acte de violence, mais son travail n’aura pas été vain. Nous faisons le serment de continuer à défendre les droits de tous les êtres humains sans discrimination et affirmer l’universalité et l’indivisibilité des droits humains. »

David a été assassiné le 26 janvier à son domicile à Mukono. Jusqu’à sa mort il était en charge des aspects de promotion et des contentieux (Advocacy and Litigation officer) auprès de l’organisation Sexual Minorities Uganda, qui est un membre fondateur et constitutif du Réseau des Défenseurs des Droits Humains de l’Afrique de l’Est et de la Corne de l’Afrique. Depuis qu’il avait poursuivi en justice un journal à scandales local, David recevait des menaces de mort. Le tabloïde ougandais « Rolling Stone » avait en effet publié, en novembre 2010, des photos de présumés homosexuels, appelant à leur pendaison. David et deux de ses collègues militants ont alors poursuivi le journal en justice pour violation de leur droit à la vie et à la vie privée. Le 3 janvier 2011 la Haute Cour d’Ouganda a octroyé des dommages et intérêts aux trois plaignants et prononcé une injonction permanente à l’encontre du journal, le contraignant à mettre un terme aux allégations et à ne pas les répéter.

Protection International, le partenaire d’EHAHRDN à Bruxelles, s’est joint à la condamnation du meurtre de David. « Il était un véritable défenseur, dévoué, passionné, et soucieux non seulement des droits de sa communauté mais de tous les droits humains, déclare Nora Rehmer, la représentante de PI en Ouganda. Son décès constitue une perte pour l’ensemble des défenseurs des droits humains en Ouganda et une entrave au droit à la vie de tous les citoyens ougandais. Nous appelons avec force la police et la justice à enquêter sans attendre, de manière impartiale et approfondie afin d’identifier tous les responsables directs et indirects de ce crime et de les traduire en justice en appliquant les sanctions prévues par la loi, selon les règles d’un procès équitable. »

Contexte

Depuis 2009, on constate une escalade des attaques envers les défenseurs des droits des LGTBI, avivée par l’homophobie grandissante du gouvernement ougandais et des autorités religieuses. Ces attaques et menaces, qui vont parfois jusqu’à des violences physiques, proviennent des membres des communautés parmi lesquelles vivent les défenseurs, ainsi que de leurs propres familles. Des attaques verbales émanent également de mandataires du gouvernement et de responsables religieux, qui sont parfois allés jusqu’à appeler leurs fidèles à tuer des personnes LGTBI. Ces attaques ont en outre été attisées par certains médias, qui ont par le passé publié des articles nommant des individus supposément LGTBI en Ouganda, mettant ainsi directement en danger la vie et le gagne-pain de ces personnes.

En Ouganda, les relations entre personnes de même sexe sont illégales. Des dispositions existent dans la Constitution ainsi que dans les lois pénales pour sanctionner les « relations intimes », la sodomie et le mariage homosexuels. Le gouvernement ougandais fait usage de ces dispositions pour harceler et persécuter les personnes LGTBI. Qui défend leurs droits et cherche à les faire reconnaître est la cible de harcèlement et d’intimidations de la part des organes de l’État. EHAHRDP travaille en étroite collaboration avec des défenseurs des droits humains issus de minorités, et tout particulièrement des activistes LGTBI, afin de leur apporter davantage de crédibilité ainsi qu’une aide financière et technique.

Pendant la poursuite de l’enquête sur les circonstances du meurtre de David, EHAHRDN, PI et FHRI appellent :

  • La police ougandaise à mener une enquête approfondie sur le meurtre de David, et l’appareil judiciaire à faire en sorte que justice soit respectée en vertu des normes relatives aux droits de l’homme approuvées par l’Ouganda.
  • Les médias à témoigner à la famille et aux amis de David, dans leur deuil, le respect qui leur est dû.
  • Le gouvernement ougandais à protéger ses citoyens, dont les défenseurs des droits de l’homme, sans distinction de sexe, de race, d’orientation sexuelle ou autre, et à faire en sorte qu’ils puissent poursuivre leur travail légitime sans peur de représailles ou de harcèlement. À cet effet nous appelons le gouvernement à faire une déclaration publique réhabilitant l’image et la dignité de la communauté LGTBI en Ouganda afin de prévenir de nouvelles attaques à leur encontre.
  • Les parties prenantes concernées au sein du gouvernement et du parlement à retirer et à rejeter le projet de loi, honteux, Anti-homosexualité, et à témoigner ainsi de leur engagement en faveur des droits de l’homme et de la non-discrimination de tous les Ougandais.

Pour plus d’informations n’hésitez pas à contacter :

M. Hassan Shire Sheikh, 
directeur exécutif de EHAHRDN,
au + 256 772 753 753
ou à l’adresse e-mail executive@defenddefenders.org, ou

Mme Nerida Nthamburi,
coordinatrice de programme pour EHAHRDN,
à l’adresse program@defenddefenders.org

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